Domus Vacuae, Solène Ortoli
Exposition personnelle, Galerie La La Lande, Paris
Avec Domus Vacuae, présentée à la Galerie La La Lande, Solène Ortoli construit des espaces flottants où architecture, nature et corps semblent engagés dans une lente mutation réciproque. Formée à la scénographie aux Arts Décoratifs de Paris, l’artiste développe depuis plusieurs années une pratique située à la frontière de l’installation, du décor et de l’environnement immersif. Cette exposition transpose ces préoccupations dans une série de peintures aux perspectives instables et aux atmosphères silencieuses.
Les œuvres donnent d’abord l’impression de représenter des intérieurs modernistes. Pourtant, très vite, quelque chose déraille. Les lignes de fuite se contredisent, les cloisons disparaissent et la végétation envahit progressivement les espaces domestiques. L’intérieur et l’extérieur se confondent alors dans un même continuum visuel.
Cette ambiguïté traverse toute l’exposition. Certaines figures semblent engagées dans une transformation inachevée, entre présence humaine et imaginaire aquatique. Des corps flottent dans des bassins, des chevelures deviennent presque organiques, tandis que des formes hybrides apparaissent discrètement dans les compositions. Cependant, Solène Ortoli évite toute narration explicite. Elle préfère installer un climat mental proche du rêve ou du conte symboliste.
Le miroir joue également un rôle central dans cette série. Reflets, transparences et surfaces vitrées perturbent constamment notre perception de l’espace. À plusieurs reprises, les œuvres évoquent autant des maquettes scénographiques que des lieux réellement habitables. Cette dimension théâtrale reste cohérente avec le parcours de l’artiste, qui utilise les outils de la scénographie pour faire basculer le regard vers un ailleurs plus mental que réaliste.
Ce qui rend Domus Vacuae particulièrement intéressante, c’est sa manière de convoquer des références multiples sans jamais tomber dans la citation illustrative. On pense parfois à David Hockney pour les piscines, à certaines atmosphères de Leonora Carrington ou même aux espaces psychologiques du cinéma fantastique des années 1970. Pourtant, Solène Ortoli conserve une écriture très personnelle, construite sur des couleurs sourdes, des rythmes géométriques et une étrange sensation de suspension.
Pourquoi faut-il y aller ? Parce que Domus Vacuae réussit à produire une véritable expérience de bascule perceptive. Solène Ortoli transforme des intérieurs familiers en espaces instables où le rêve, la mémoire et l’animalité semblent refaire surface. Nous recommandons particulièrement cette exposition à celles et ceux qui apprécient les pratiques situées entre peinture, scénographie et fiction mentale.
Exposition Domus Vacuae, Solène Ortoli
du 23 mai au 20 juin 2026
Galerie La La Lande
56 rue Quincampoix, 75004 Paris
Plus d’informations : www.lalalande.art


